La délivrance d'un homme
Si je décide d'écrire l'histoire de mon adolescence, c'est parce que je suis bouleversé, choqué mais aussi inquiet. Une journée banale, un dimanche, qui comme tous les dimanches fut long et ennuyant, je suis au fond de mon lit à zapper les chaines de ma télé, et je reste bloqué sur : LE DROIT DE SAVOIR : « Anorexie, boulimie : enquête sur les troubles du comportement alimentaire ». Un moment intense pour moi.
Depuis mes années collège, j'étais en surpoids, malgré les conseils de mon médecin, les nombreuses tentatives de régimes, je n'avais jamais vraiment eu la force de descendre en dessous de la courbe du surpoids! Mais surtout je venais de dépasser la ligne d'obésité, à 74 kilos, pour 1m60. En effet je ne ressemblais vraiment pas à grand-chose : de grosses lunettes, mes cheveux pas vraiment coiffés au dessus des épaules, des boutons pleins le visage et un style squatteur. Je n'avais pas vraiment d'ami(e)s mis à part un garçon, Luc. Au lycée, en classe de première, tout est allé très vite avec lui. Au début, un simple bonjour et au revoir suffisait; il est ensuite devenu mon meilleur ami, mon confident. Puis après de nombreux moments passés avec lui, on devenait de plus en plus proche et une réelle attirance était en train de naître entre lui et moi. Il m'obnubilait, il ne se passait pas un moment sans que je pense à lui, Luc était comme une drogue. Nous sortions ensemble. La vie me semblait si douce à ces côtés...
Due à notre relation, plusieurs choses ont fait que j'ai réellement voulu changer. Je n'avais plus l'impression de plaire à Luc et puis le regard des gens m'oppressait. Je voulais voir ma vie de l'extérieur, apprécier les moments perdus, toutes mes envies se réaliser. Sans être surpris, Luc décida de mettre fin à notre histoire au bout de 11 mois. A croire que depuis qu'il est sorti de ma vie, l'air que je respirais chaque matin n'avait pas la même allure, difficilement réveillé, un rêve conservé au fond de mon esprit, le pied gauche par terre, la tête dans les souvenirs! Ce passé me semblait si lointain, pourtant si proche. Je voulais avancer dans ma vie avec l'âme du mélancolique disparu, et prendre goût à la valeur d'un sourire. Un regard abruti par un ordinateur, MSN ma nouvelle drogue, boulimique à ses heures perdues, je m'étais enfoui dans ma nostalgie, et refaire surface à ce moment était impossible pour mes deux petits bras. Le teint terne, la bouche serrée de colère, les yeux fermés de fatigue, un air d'électro dans les oreilles, j'avançais dans les rues de ma vie. Aimer l'environnement de chaque jour m'étais simplement impossible, une envie de changer complètement d'univers, imposer mes limites à celui qui depuis un moment guidait chaque pas de ma vie! L'espérance de remplacer cet homme, pourtant, un doute m'emportait, un zeste de souvenir tournait encore au milieu de mes vastes pensées, sincère et inexplicable, je l'aimais. Un mal en moi, sachant que mon bonheur était gâché. Mon c½ur souffrait ; le sentiment aimer, je l'ai conjugué à tout les temps et pourtant le résultat n'était que déception!
Mais au mois de mai 2006, j'avais décidé d'entreprendre un vrai régime, et avec énormément de volonté, un peu de sport ; j'avais réussi à perdre vingt kilos en cinq mois! Une fierté pour moi d'avoir réussi cela.
Seulement arrivé à un stade, je ne commençais à ne plus perdre de poids mais à me sentir toujours aussi énorme dans mon corps d'adolescent. La boulimie fut ma sortie de secours, crise après crise, chaque morceau de nourriture qui traversait mon estomac remontait aussitôt. La boulimie avait détruit mon équilibre alimentaire, mon goût, mon odorat était moins sensible. Ensuite il y eu cette période d'anorexie, où le seul fait de me déplacer me fatiguai, je restais des journées entières allongé, j'abandonnais mes études, j'avais un mal fou à avaler un malheureux bout de viande, la perte de l'appétit ; et mon poids continuait à baisser. C'est dans ces moments là que je me sentais bien seul, renfermé sur moi-même, je n'osais pas parler de çà à mes proches de peur d'un jugement quelque qu'il soit.
A vouloir toujours maigrir plus que je ne le pouvais, je suis tombé dans une maladie grave, qui atteint aujourd'hui beaucoup de monde, en grand nombre des adolescents, qui veulent paraître comme ces personnes sur les magazines. L'anorexie et la Boulimie sont de vraies maladies, très graves, et il est très difficile de se sortir de cet engrenage!
Le 3 Septembre était le jour de mon anniversaire, le jour de mes 18ans; mais il fut aussi le jour de mon hospitalisation au CHU Guillaume Régnier de Rennes. Mon état physique et mental devenait de plus en plus alarmant, ce que je redoutais le plus fut donc mis à exécution, on me conduisit au centre Psychiatrique. Au bout de deux semaines, je reçus un coup de fil :
« - Bonjour Guillaume, je suis Mme MALCOLM, la mère de Luc.
- (Je restais bouche bée)...
- Je sais que Luc était un de vos amis, souvent il me parlait de vous avec beaucoup d'admiration d'ailleurs. Je me vois donc dans le désarroi de vous annoncer sa mort soudaine hier après-midi suite à un accident grave de la route... »
Puis la femme fondit en larmes. Suite à cette nouvelle, j'avais compris que la vie valait la peine d'être vécue. Un sentiment de haine et de revanche.
C'était un lendemain qui me réservait tellement de surprise! Hier encore, le désespoir avait une fois de plus prit le dessus, mais en ce jour je trouvais un sens à ma vie : je voulais me sortir de là et vivre pour lui.
Et retrouver un lui, une perle rare me faisant rêver, un homme sincère, beau, adorable, intentionné, généreux, plein de tendresse. Moi aussi je trouverais, je demande beaucoup, mais vous savez quoi, cet homme, il existe dans ce monde! Il reconstruira mon c½ur avec de simples mots, de petites intentions. J'avais envie d'y croire, mon c½ur marchait encore, je savais qu'il pouvait encore éprouver quelque chose pour une personne, battre au rythme de cet homme, pouvant encore dire « Je t'aime ». Je paraissais sur de moi, je respirais la fraîcheur de l'hiver, il avait cassé cette mauvaise passe, et m'avait redonné espoir. Des idées, des envies et des projets. Je reprenais mes études.
Devant cette émission, la vision de mon passé me parait plus sinistre que le moment présent. Luc m'a montré que la foi d'un homme pouvait emmener à faire de grandes choses. Certains me regarderont de haut, d'autre de travers ; mais sachez que nous sommes tous à la même hauteur. Trop souvent j'ai communiqué la ranc½ur d'un c½ur en manque de certaine personne, aujourd'hui ; l'homme que je suis est retourné en enfance, un nouveau point de départ pour un nouveau départ. En pensant à toutes ces choses qui me sont arrivées, à présent je réalise que tout çà aurait bien pu m'emmener loin! Je réalise que si je suis arrivé où j'en suis c'est sûrement que enfin je suis vu comme je l'aurais souhaité. Le regard des gens qui fait du mal... On se croit fort au fond de soi, mais on réalise que nous sommes prêts à beaucoup pour le regard des autres. Il faut s'accepter comme on est car la mixité et la différence sont les premiers atouts de l'homme.
Le Douarin
Ludivine
Seconde 2